La classe coopérative

Qu'est-ce qu'un projet coopératif ?
Qu'est-ce qu'une classe coopérative ?
Définition
Uneclasse coopérative permet à des élèves d'apprendre en s'entraidant. Ilspeuvent s'y exprimer de diverses manières, communiquer avecl'extérieur, conduire des projets en cherchant, se trompant etréussissant. L'enseignant n'est pas la seule source du savoir.
Une journée parmi d'autres
Matinée : Quoi de neuf ?exemple cycle 3 (15'), quoi de neuf, exemple cycle 1 et 2
Rituel de mathématiques ou de français. (30')
Travail personnel (1h00)
Récréation
Travail collectif : toilettage de texte, chasse aux mots (1h00)
Pause déjeuner
Après-midi : Conférence d'enfant (30')
Travail personnel (45')
RécréationJeux coopératifs (30')
Ateliers de classe (45')
Bilan de journée (15')
Les outils pour le travail :
Le plan de travail :document individuel sur lequel sont notées les activités de chacun. Cesactivités correspondent aux projets personnels et aux compétencesattendues par les programmes scolaires.
Quoi de neuf ? :temps de libre parole et d'échanges à partir desquels des projetspeuvent émerger. Les enfants peuvent présenter des sorties, des objets,des lectures, ..., ce qui les aide à trouver une place dans la classe, àapprendre à s'exprimer, écouter les autres ...
Textes libres, dessins libres, créations mathématiques : espaces d'expression en écriture, en arts, en mathématiques, supports à la construction des savoirs scolaires.
Les relations dans la classe
Pourle travail scolaire, les enfants ont la possibilité de se déplacer dansla classe, donner leur avis, faire des choix, prendre desresponsabilités, ... Ces espaces de libertés peuvent entraîner certainsconflits. Lorsqueles enfants ont un souci de relation avec un camarade, ils ont appris àutiliser la technique du "message clair" pour essayer de le résoudrepar eux-mêmes. Si cela ne suffit pas, ils peuvent alors en parler àleur enseignant ou lors de la réunion hebdomadaire : le conseil.Leconseil sert aussi à organiser la vie de la classe, ses projets, sesrègles et les responsabilités confiées aux enfants (les métiers).
L'entraideLesenfants qui bloquent devant une difficulté obtiennent rapidement del'aide auprès d'un camarade. Ceux qui les aident sont alors amenés àutiliser leurs connaissances et ainsi les retiennent mieux. Lorsdes situations d'entraînement, copier, imiter, demander de l'aide ettravailler à plusieurs, deviennent des outils pour mieux apprendre.Lestuteurs sont des enfants volontaires qui ont reçu une formation. Ilssont choisis par ceux qui ont souhaité avoir un tuteur.
Travail à la maisonLire (le journal de la classe est fait pour cela) puis vous expliquer ce qu'il a lu.Ecrire : un texte libre, un article pour le journal, une lettre à son correspondant.Parler : vous raconter sa journée.Réciter ses poésies.Apprendre les tables de multiplication, les tableaux de conjugaison et les leçonsS'amuser et se détendre.Se reposer : dormir suffisamment (ne pas se coucher trop tard).Sortir : dans la nature, au musée, au cinéma, dans les médiathèques, faire du sport, ...
L'adulte :
• organise et équipe la classe, la rend la plus riche possible,
• en début d'année, apporte un fonctionnement initial,
• intervient et garantit l'écoute et la sécurité de chacun,
• se rend auprès des enfants pour les aider, pour les encourager,
• évalue le travail des élèves,
· se rend disponible auprès des familles, notamment pour leur expliquer ce qui se passe en classe,
• échange avec d'autres enseignants de classes coopératives.
Pour en savoir plus
- Ouvrages :Célestin FREINET, Les Dits de Mathieu, Dominique TIBERI, Citoyen en classe Freinet, L'Harmattan, Paris, 2005.- FilmsL'école Buissonnière, de Jean-Paul LE CHANOIS, 1958.Ecoles en France, de Ch. NICK et P. BODET, France 2, 2005.
Objectifs Permettre aux enfants de :
- Progresser quels que soient leurs besoins et leurs rythmes.
- Prendre plaisir à venir à l'école et apprendre en travaillant.
- S'enrichir en acceptant les différences individuelles.
- Se servir d'outils pour résoudre leurs conflits sans l'usage de la violence.
- Apprendre en agissant et agir pour apprendre.
- Coopérer pour ne pas être bloqué dans son travail et mieux apprendre.
-
Ecoutez l'entretien avec Sylvain Connac, professeur des écoles à l'école coopérative Antoine Balard à Montpellier et chargé de cours à l'Université de Montpellier.
Cliquez ici pour regarder la vidéo
- Une journée dans une classe de CM1/CM2: vidéos et textes
- Une journée dans la Classe de CE2/CM1 de Pierrick Descottes à Rennes http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/16922
exemple: Les métiers ou responsabilités au service de la classe
Certains métiers à plus grande responsabilité, sont réservésà des enfants étant titulaires du permis vert.L'organisation et la gestion de ces métiers est redéfiniepar les élèves, tous les ans * (tableau avec cartes, ronde des services, ajoutsou suppressions de métiers...).
Chaque enfant doit avoir le souci de former et d'accompagnerson remplaçant.
Quelques exemples de métiers :
- METIERS : gère le tableau des métiers. Inscrisles élèves en fonction de leur envie et de leur permis. Les changements se fonttoutes 3 semaines (permis vert),
- CONTROLEUR : contrôle que les métiers sontassumés (permis vert),
- SERVICE : distribue et récupère les feuilles,les cahiers et le matériel,
- RANG : se met en début du rang pour le dirigeren toute sécurité (permis vert),
- CARTABLES : contrôle le rangement descartables,
- FACTEUR : relève et distribue le courrier,
- PHOTOCOPIEUR : fait les photocopies, formed'autres enfants à utiliser la photocopieuse et leur fait passer le brevet,
- BCD : range la bibliothèque tous lessoirs, aide un camarade à choisir ou emprunter un livre,
- FICHIER : distribue et range les fichiers,
- INFORMATIQUE : allume les ordinateurs le matinet les éteint le soir, aide les enfants qui ont des problèmes, fait passer desbrevets
- AFFICHES : met l'affiche qui correspond aulieu, à l'activité où se rend la classe (piscine, terrain de sport...). Afficheles dessins et productions de la classe.
- CANTINE : téléphone pour annuler un repas.
- RANGEMENT : vérifie le rangement de la classeet contacte les différents responsables pour y remédier.
- COUR : vérifie l'utilisation correcte des jeuxde la cour et de leur rangement. Contrôle que le matériel et le grillage de lacour ne sont pas dégradés.
- TABLEAU : efface et nettoie le tableau.
- PORTIER : ouvre les portes et rideaux le matinet les ferme le soir.
- DEVOIRS : note les devoirs au tableau.
- DATE : note la date au tableau.
- JOURNALISTE : rédige les articles pour lecahier de vie, recherche et imprime un article sur Internet en vue de leprésenter aux autres.
- METEO : relève tous les matins lestempératures maxi et mini.
* Il est tout à fait possible que les enfants décident de nepas mettre en place les métiers et que chacun participe de façon volontaire etspontanée. Cette année, ils ont choisi qu'à tour de rôle, quatre enfantsauraient l'ensemble des responsabilités, libre à eux de se les répartir.
- Le maître qui apprenait aux enfants à grandir
-

- Qui aurait pu imaginer que cet enfant, né au fin fondde la Bretagne, d'un milieu pauvre et analphabète, allaitdevenir un instituteur militant engagé ainsi qu'unchercheur reconnu dans le monde de l'enseignement et des droits del'enfant? La destinée hors du commun de Jean Le Gal nousmontre qu'à nul enfant, à nul homme, rien n'estimpossible.
- C'est entre XXe et XXIe siècle que nous suivons ici latrajectoire individuelle d'un homme au cÏur d'une aventurecollective, celle du mouvement Freinet. Nous y partageons demanière directe son cheminement personnel et professionnelau cours des évènements politiques du siècle:la naissance d'un militant, ses premiers pas en pédagogieFreinet, son engagement dans l'Ecole Moderne, unecoopération intime avec Elise et CélestinFreinet,...
- Son travail inlassable pour la reconnaissance des droits del'enfant et la recherche d'une organisation démocratique ausein de l'école s'impose, tant en France qu'au niveauinternational. L'enjeu fondamental au cÏur de cette aventurehumaine repose sur l'enfant, le jeune, dans une perspectived'homme autonome et apte à prendre sa vie en main, d'hommelibre et responsable, d'homme apte à agir encoopération. L'école de demain ne peut êtrequ'une école laïque, populaire, moderne etlibératrice.
- C'est à travers ses multiples expériences etengagements que Jean Le Gal nous fait vivre son parcours de laclasse coopérative jusqu'à son aventureautogestionnaire dans laquelle nous pouvons resituer la dimensiond'éducation sociale et politique de la pédagogieFreinet. Cette destinée, à la fois individuelle etcollective, ouvre des portes essentielles pour repenserl'éducation, l'Ecole de demain dans un objectifd'émancipation et de formation de futurs citoyens critiqueset responsables.
J'auraisvraiment aimé découvrir cet ouvrage de Paul Le Bohec bien plus tôt. Il m'aurait infiniment aidé, aussi bien dans mon travail de recherche que dans mes pratiques d'enseignant, dans mon activité militante que dans mes engagements politiques.Paul Le Bohec, tout d'abord, m'aurait libéré d'une vision trop dogmatique de la pédagogie coopérative et du mouvement initié par Célestin Freinet. Le jeune instituteur que j'étais,très impressionné par le « maître » de Vence, avait un respect quasi religieux pour les Invariants pédagogiques qu'il prenait pour une version éducative et laïcisée des « dix commandements ». Les dispositifs de Freinet lui apparaissaient plus comme une « doctrine » que comme une « démarche » et, pour rien au monde, il n'aurait remis en cause la correspondance et le journal scolaires, les fichiers auto-correctifs et la Bibliothèque de Travail. L'immense intérêt du livre de Paul Le Bohec tient précisément à ce qu'il nous montre comment un enseignant « de base », qui a la chance de pouvoir dialoguer avec Freinet lui-même, peut être dans une tout autre posture : au risque de « troubler les camarades », il est d'abord fidèle au principe de la « démarche naturelle » et en fait un projet heuristique à l'épreuve duquel il met toutes ses pratiques.
Convaincu, par exemple, que la lecture ne peut être que fonctionnelle, mais confronté à des enfants qui, non seulement ne veulent pas écrire, mais ne veulent même pas parler, il meten place la formule du « planning-lancement » : un petit coup de génie,pas très « orthodoxe » pour les freinétistes, mais terriblement efficace... surtout si l'on n'en fait pas un dogme, mais bien un outil au service de la démarche d'invention, de création, d'expression structuréedes élèves. Paul Le Bohec va même presque jusqu'aux transgressions suprêmes : il n'utilise pas le « conseil » (car, dit-il, compte tenu du niveau d'évolution de ses élèves, il ne veut pas « jouer à la démocratie »), il supprime le journal et « dans la foulée, la coopérative et la correspondance » !
Mais il ne revient pas, pour autant, à la scolastique dénoncée par Freinet, bien au contraire ! Car, explique-t-il, ces décisions le libèrent : plus de contraintes de dates,plus d'obligation de production immédiate : « Enfin, nous pouvons allerde l'avant, sans souci, sans restriction, sans nécessité d'interrompre net ce qui est en cours de construction. » Que n'ai-je compris cela plustôt ! Cela m'aurait permis d'étayer mon analyse de l'œuvre de Freinet dans laquelle je buttais constamment, précisément, sur le statut de la « production ». J'y voyais le point de départ possible d'une « dérive productive » qui, au nom de l'efficacité et de la qualité du produit fini risquait de marginaliser les moins compétents, voire de les excluredu processus de fabrication... quitte à leur offrir, en contrepartie, uneidentification narcissique avec un résultat... auquel ils n'avaient guèreparticipé ! Certes, je n'imaginais pas que Freinet puisse laisser se développer un tel processus, mais il me semblait plutôt tenté de le contrecarrer par des dispositifs d'individualisation que par une réflexion sur le statut même de l'activité et son rapport avec les apprentissages. Moins figé que Freinet, moins contraint aussi par les nécessités afférentes à la lisibilité et à la cohérence d'un mouvement, Paul le Bohec, va plus loin que le « maître » : il instaure ce qu'il nomme une « sécurité ontologique » et qui ne l'empêche nullement d'utiliser des outils, comme le magnétophone, avec une rigueur exemplaire.
Et puis, Paul le Bohec explique, avec beaucoup de précision, comment, non seulement il ne s'en tient pas à desrecettes figées dans les champs traditionnellement bien arpentés par lapédagogie Freinet, mais explore aussi de nouveaux domaines de travail :la création corporelle, le chant libre, le dessin, la peinture et, biensûr, les mathématiques. Voilà précisément un domaine où l'utilisation de la « méthode naturelle » n'était pas simple : ou, plutôt, trop simple. On pouvait se contenter de calculs de base pour faire face aux petits problèmes de la vie quotidienne... au risque d'oublier que l'on doit, à l'école, former des mathématiciens et pas seulement des calculateurs. Et voilà notre instituteur qui affirme qu' « il faut se désengluer du réel ». Non, encore une fois, pour revenir au formalisme, mais pour s'inscrire dans la dynamique même des apprentissages et du développement de l'enfant. Il va donc faire « créer » ses élèves en mathématiques, organiser des « groupes de recherche », développer l'imagination scientifique. On est frappé de l'extraordinaire dynamique de ce qu'il impulse. On est frappé aussi par la rigueur de son travail, son professionnalisme, sa constante recherche des améliorations possibles. Aucune résignation chez cet homme : mais la volonté farouche de faire advenir de l'intelligence humaine chez chacun, quels que soientses handicaps réels ou supposés.
La manière dont, à cet égard, il traite la dyslexie est exceptionnelle : il ne nie pas les difficultés de Rémi, mais il ne les renvoie pas, non plus, à une hypothétique « nature » ou àtraitement paramédical. Là encore, il part de la « méthode naturelle » : il développe des situations d' « expression-création » et se saisit de toutes les occasions pour faire percevoir et intégrer les codes du langage écrit. Le résultat est stupéfiant : l'élève en échec devient un véritable petit écrivain qui, chaque jour, tient la classe tout entière en haleine par ses récits. La démarche de Paul Le Bohec estspécifiquement pédagogique. Il ne singe pas la psychothérapie. Et il a raison. Mais une bonne pédagogie peut - bien mieux qu'une mauvaise thérapie - produire des effets thérapeutiques : « La lecture ne permet pas de guérir, dit Paul Le Bohec. L'écriture, si. » Et il le montre...
Enfin, et parmi bien d'autres atouts de ce livre, il y a la manière dont Paul Le Bohec parvient à prolonger son expérience d'instituteur primaire dans l'enseignement supérieur. C'est peu de dire, en effet, que ce dernier est réfractaire à la pédagogie et la plupart des « pédagogues » qui l'intègrent y consacrent la fin de leur carrière à faire des cours magistraux... pour expliquer qu'il n'en faut point faire ! Le freinétiste ne l'entend pas de cette oreille et ila l'habitude de travailler dans un relatif isolement institutionnel. Heureusement pour lui, d'ailleurs ! Et le voilà qui invente des techniques d'ateliers d'écriture, qu'il pratique hardiment l'inter et latransdisciplinarité, avant d'imaginer une méthode de co-biographies quimérite la plus grande attention de la part de tous ceux et de toutes celles qui croient à l'importance de l'écriture dans la construction de la personnalité comme dans la formation professionnelle. Une fois de plus, Paul le Bohec parvient à associer la construction d'un dispositifet l'interpellation d'une liberté. Autant dire qu'il est au cœur - au plus vif - du pédagogique.
J'ai commencé en affirmant que j'aurais aimé découvrir cet ouvrage bien plus tôt. Est-ce à dire qu'il m'a été inutile aujourd'hui ? Bien évidemment non ! Car son auteur, en des pageséclairantes, montre que la post-modernité dans laquelle nous sommes engagés - avec son cortège de problèmes nouveaux et de situations difficiles - rend d'autant plus urgente la réflexion pédagogique et d'autant plus pertinente les propositions du mouvement Freinet. Des propositions inventives, toujours en évolution, loin de tout dogmatisme...pour une pédagogie d'aujourd'hui et de demain.
Philippe Meirieu
Professeur à l'université LUMIERE-Lyon 2

