Le fichier "Techniques d'art plastique";Les techniques au service de la créativité
Une publication des Editions PEMF.
Le Muz
La pédagogie Germaine Tortel exposée
EXPOSITION / du 10 mai au 10 juin 2010
De la maternelle à l'université, même pensée !
Pour les visites d'école, contactez Andrée Makédonsky - 06 87 79 13 95
Anne JOSSE / Communication - Presse - Partenariats00 33 6 62 76 20 65 -anne.josse@lemuz.org // SITE : http://www.lemuz.orgEntrée gratuite |
Le Muz est un musée des œuvres d'enfants sur Internet. Il a pour ambition de répertorier, conserver, valoriser et rendre accessibles leurs œuvres à tous.
Plus qu'un simple lieu d'exposition, le Muz veut également être une plateforme qui favorise les échanges et l'organisation de projets interculturels.Les ambitions du Muz:
* Conserver, exposer, valoriser le patrimoine culturel que représentent le meilleur et la diversité de l'expression créatrice des enfants ;
* Développer le regard artistique et le jugement critique ;
* Favoriser l'expression créatrice des enfants et faciliter la mise en place de projets culturels et artistiques ;
* Créer autour des œuvres, un espace commun porteur de sens et de dialogue. Ce dialogue favorisera des confrontations enrichissantes d'une part, entre les œuvres et, d'autre part, entre leurs auteurs ;
* Offrir un espace d'informations, de réflexions, de conseils pour les parents et tous les adultes intéressés par l'éducation artistique et culturelle des enfants. |
Psycho-Grapho-Drame
Par Jean Le Gal le 17/06/10
DU DESSIN LIBRE AU JEU DRAMATIQUE
En août 1959, le hasard des vacances me fait découvrir l'Ecole Freinet de Vence et la pédagogie Freinet que je ne connais pas. Je suis profondément touché par la richesse des créations artistiques des enfants. Je ne me lasse pas de regarder les grandes peintures d'Alain Gérard, les albums, les céramiques... Il faut que cette lumière entre aussi dans ma classe !
C'est pourquoi, dès la rentrée de septembre, je propose aux enfants de mon cours élémentaire première année de dessiner librement sur un bloc sténo et d'y écrire les histoires racontées par leurs dessins. Ces histoires sont ensuite lues au cours des séances consacrées aux textes libres.Les graphismes s'enrichissent. L'idée me vient alors de proposer que, chacun à son tour, dessine au tableau. Dès le mois de janvier, je constate que certains enfants ne se contentent plus de quelques graphismes vite effacés dès leur réalisation mais sont très attentifs aux formes et aux couleurs qu'ils vont offrir à l'appréciation de leurs camarades, lors du bilan du soir.
Au cours d'un de nos conseils, je propose que celui qui a dessiné au tableau raconte son histoire et réponde aux questions que nous lui poserions. Dès la première séance, l'intérêt est grand. Les questions fusent. Le dessin est parfois complété au fil des réponses. Elise Freinet, à qui j'ai décrit notre tentative, nous encourage. Elle considère que « le dessin au tableau permet à l'enfant d'associer sa pensée à celle des autres ».
La technique du « dessin au tableau » fait maintenant partie de nos pratiques.A la rentrée, je la propose donc aux nouveaux arrivants de la classe.
Chaque jour, pendant son temps d'activités personnelles, un enfant invente une histoire derrière un volet du tableau, en utilisant les craies de couleur. A la fin de la journée, nous nous réunissons et c'est la découverte de la création que son auteur nous raconte. Peu à peu la technique se perfectionne. Un jour, je propose d'utiliser le jeu dramatique pour animer l'histoire, chaque auteur choisissant ses partenaires. C'est l'enthousiasme ! Les candidats se bousculent.Je fais alors appel à Maurice Pigeon afin qu'il vienne voir quels développements nouveaux nous pourrions donner à notre technique. J'ai fait sa connaissance, au cours d'une réunion du groupe départemental, dans un atelier d'initiation à la gravure sur lino dont il est un grand spécialiste.
Instituteur Freinet depuis 1933, il est aussi chargé de cours à l'université. Il a en effet présenté une thèse de doctorat d'université en psychologie, à l'université de Nantes, sur la dimension psychologique du dessin libre[1]. Durant sa longue carrière, il est demeuré passionné par le dessin d'enfant dans ses différents aspects : expression, thérapie, art. C'est donc la personne-ressource qu'il me faut pour aller plus loin dans ma réflexion.Il assiste avec grand intérêt à une de nos présentations. Pour lui, la technique du dessin au tableau noir est une excellente idée. Elle relève par plus d'un point du psychodrame et ici, avec l'intervention du « chœur » et les réactions spontanées de l'auteur, se révèle une dynamique remarquable qui mieux encore que dans l'explication dialoguée « enfant-maître », sur un objet commun, le dessin, dévoile les tendances et la profondeur des thèmes psychologiques de l'inconscient de l'enfant. Dans le commentaire, comme dans les réponses aux questions, on retrouve les thèmes courants et les symboles connus. La psychanalyse s'y remue à l'aise. C'est aussi excellent sur le plan de la communication avec autrui, sur celui de la socialisation et du langage socialisé qui retrouve ses racines dans le langage gestuel exprimé par le dessin.Mais il ne peut être question de jouer à l'apprenti sorcier en tentant de faire prendre conscience à l'enfant des problèmes que son expression libre révèle. Par contre, je dois prendre une attitude hypothétique, conjecturale, et vérifier si l'hypothèse que j'ai formulée se confirmera au cours des jours qui vont suivre.Maurice Pigeon m'encourage donc à persévérer, à préciser au maximum mes notations et à approfondir mes connaissances dans les champs de la psychologie et de la psychanalyse.
A la fin de l'année, je tire de cette expérience, un bilan positif sur différents plans
:1. sur le plan graphique et pictural : Chaque enfant a appris à varier l'échelle de ses graphismes. Les questions des camarades lui apportent des éléments nouveaux pour l'enrichissement de son dessin, comme d'ailleurs dans la pratique des mises au point collectives des textes libres, l'intervention des autres permet enrichissement et affinement de la pensée. Les dessins ne sont plus un assemblage de graphismes isolés mais des éléments réunis par une trame affective, comme le préconise Elise Freinet. Progressivement, au fil de notre maîtrise des couleurs, certains dessins deviennent des créations magnifiques mais hélas éphémères. Ils sont souvent repris sur des grands cartons dans notre atelier-peinture et quelques uns deviendront des tapisseries.2. sur le plan de l'expression orale et écrite :Cette activité permet une socialisation de la pensée par des échanges au moment des présentations auxquelles participent très activement les enfants. Certaines histoires racontées, qui ont particulièrement intéressé le groupe, sont le point de départ de la création de contes collectifs.3. sur le plan psychologique :Je connais le lien étroit entre l'affectivité et le dessin libre mais par le dessin au tableau, je pense que l'enfant se libère doublement de ses problèmes, d'abord par ses graphismes et ensuite par ce qu'il dit au groupe permissif et amical de la classe.Durant l'année suivante, je continue cette expérience en restant en contact avec Elise Freinet et Maurice Pigeon. Pour illustrer la technique, je présente le dessin de Bernard car ce dessin réalisé au tableau sera ensuite repris par lui à l'atelier peinture. Sa création sera retenue par Elise Freinet dans son ouvrage L'Enfant artiste.
[2] Le dessin de BernardBernard a 7 ans et 2 mois. Il est arrivé cette année au CE1 dans notre classe qui est maintenant un CE1-CE2, accueillant donc des anciens et des nouveaux. C'est un enfant d'une grande richesse intérieure qui se manifeste dans ses textes et ses dessins. Il semble vivre dans un milieu familial qui répond à ses besoins affectifs. Son père et sa mère sont calmes et tendres avec lui. Il a une sœur plus grande. 
Bernard présente son dessin : « Le petit gars est fatigué, sa maman ne le sait pas. Il est allé se coucher sur la route. Son papa va au chantier en voiture. Il s'amuse dans la voiture, il est couché. Il ne voit pas son petit gars, il va l'écraser. Le cheval est au papa, à la maman et au petit gars. Il a une écurie derrière la maison mais elle ne se voit pas. Il voudrait manger une fleur mais il ne peut pas car il se pique au fil de fer. Le train a déraillé. Il s'était arrêté à une gare. Le monsieur avait oublié d'arrêter son moteur. Les voyageurs sont montés et le train est parti seul. »
QUESTIONS Q- Pourquoi il n'y a pas de carreaux à la maison ?R- Le petit gars a cassé les carreaux.Q- Le petit gars doit avoir froid sur la route ?R- Non, il a ses habits.Q- Il n'y a qu'une fenêtre à la deuxième maison ?R- L'autre n'est pas mise, la maison n'est pas finie.Q- La maman n'est pas contente que ses carreaux soient cassés ?R- C'est pour ça qu'elle ne veut pas qu'il va se coucher et qu'il s'est couché sur la route.Q- La voiture a une grande roue ?R- Les autres sont à plat.
JEU DRAMATIQUE
Bernard choisit d'être le petit enfant et il invite des camarades à jouer les autres personnages : la maman, le papa, le conducteur du train, le cheval. Le dessin du tableau devient une scène vivante riche d'échanges. Bernard en est le héros et il est ravi par les applaudissements des spectateurs.
RELATIONS AVEC LES PARENTS
A la suite de la présentation de ce dessin, j'ai un entretien avec les parents pour savoir s'il n'y a pas eu un heurt entre eux et Bernard. Ils ne voient aucun heurt, ni aucun changement dans l'attitude de Bernard, les jours qui ont précédé le dessin. CREATION PICTURALEBernard va reprendre ce dessin à l'atelier peinture. Cette création a été offerte au Musée des Beaux Arts de Nantes, après l'exposition organisée par le groupe départemental en 1964.[3]
LE DESSIN AU TABLEAU DEVIENT UNE TECHNIQUE RECONNUE
Le Musée des Beaux Arts de Nantes, qui n'a pas oublié le magnifique ensemble artistique présenté lors du congrès international de l'Ecole moderne de 1957, me propose d'accueillir à nouveau dans ses murs, en juin 1964, une exposition des créations du Groupe départemental dont je suis le délégué.
C'est avec grand intérêt que les membres de l'assemblée générale accueillent cette proposition et il est décidé qu'il me reviendra d'organiser dans ma classe, à la rentrée 83-84, une journée consacrée à l'expression graphique et picturale. C'est une excellente occasion de soumettre, pour la première fois, à la réflexion de tous, nos essais de dessin au tableau, puisque les enfants du CE1, qui en ont l'expérience, seront encore présents dans notre CE1-CE2.
L'après-midi, Michel Debiève, artiste nantais et gendre de notre vieil ami René Daniel, avec lequel notre class travaille, initiera les participants à diverses techniques artistiques.A la rentrée, je propose aux enfants un conseil extraordinaire pour organiser cet évènement : qui participera à cette journée d'activités ? Qui présentera un dessin au tableau ? Comment allons-nous disposer la salle pour accueillir les participants ? Qui animera la réunion ?Paul, un ancien, se propose pour présenter un dessin qui sera suivi d'un jeu dramatique devenu maintenant traditionnel.
PRESENTATION DU DESSIN
Voilà le grand jour arrivé. Les nombreuses voitures occupent la cour. Les soixante « invités » sont installés un peu partout. Nous accueillons aussi Maurice Pigeon, le docteur De Mondragon, psycho-thérapeute, et l'inspecteur de la circonscription. Le journaliste prend des photos.Paul ouvre le tableau. Un dessin riche en graphismes tracés à la craie de couleur nous apparaît. Le silence s'installe. Paul est le centre de l'attention. Il raconte.
Le papa du petit garçon veut tuer sa maman, alors le petit garçon (celui qui est sur la route) a mis le feu à la maison.Son frère a mis des pointes pour crever les pneus de la voiture et il a pris la voiture. Il a emmené son chat, une valise et une tente. Il a mis une chaise pour s'asseoir. Il a fait un petit volant. Il a fait : tut ! parce qu'il avait devant lui des bohémiens qui avaient une trottinette. Ils vont manger des cerises. Le cerisier est au papa. Un oiseau voulait en manger.L'escalier de la maison est tout cassé. Il y a des trous dedans. Les fenêtres sont en bois.La vipère veut manger une fleur. Elle n'est pas contente parce qu'elle voit que le camion va l'écraser.Le petit gars qui est sur la route va se marier avec la maman.Dans le ciel se trouve une mouche. Autour de l'arbre, se trouve une grille pour empêcher les enfants de monter à l'arbre.
Immédiatement des mains se lèvent. Paul donne alors la parole à ses camarades. Le rituel est maintenant bien installé et maîtrisé.
Q -Pourquoi le papillon a une aile plus courte que l'autre ?R -C'est le petit gars qui l'a coupée.Q -Est-ce qu'il y a du feu dans la cheminée ?R -Il avait mis du bois et une allumette et ça a pris. C'était un tuyau en fer tout cabossé.Q -Pourquoi ont-ils volé une trottinette ?R -Parce qu'ils avaient la flemme de marcher à pied.Q -Pourquoi la voiture n'a pas de portes ?R -Elle est fermée à clé pour que personne n'entre dedans.Q -Pourquoi il y a un petit chat devant ?R -Le grand gars a emmené le père chat car il aime mieux le père et il a laissé la mère.Q -Pourquoi la maman a-t-elle les mains en l'air ?R -Parce que le père a dit « haut les mains ! ».Q -Pourquoi veut-il tuer la mère ?R -Parce qu'il est méchant et qu'il est saoul. La maman avait mis du poivre dans son assiette.Q -Le petit gars aime-t-il mieux son papa que sa maman ?R -Le petit gars aime mieux la maman et le grand gars le papa.Q -Pourquoi le papa a-t-il le nez rouge ?R -Parce qu'ils ont froid.Q -Pourquoi a-t-il emmené le chat ?R -Pour qu'il fasse les commissions.Q -Est-ce que le petit gars part aussi ?R -Il reste avec sa maman.Q -Le soleil va assommer le monsieur avec sa pipe ?R -Non car elle est en bois.Q -On dirait que le soleil rit ?R -Non il pleure parce qu'il voudrait manger les cerises mais le papa ne veut pas. La dame a un oeil au « coquart » et des talons hauts.Q -Que tient le papa à la main ?R -Le papa a un couteau qu'il a pris à la maison. La dame ne s'est pas peignée ce matin, parce qu'elle avait peur que le feu prend dans sa jupe. C'était une jupe de mariage et le petit gars avait pris le costume de mariage de son papa. Le grand, quand il allait à l'épicerie avec son chat, il volait. Le petit chat disait au revoir et il volait aussi.Q -Pourquoi la voiture est cabossée ?R -C'est la voiture qui a tout pris. Elle voulait écraser les bohémiens. Il a été puni.Q -Pourquoi le petit garçon a-t-il fait un petit volant ?R -Parce qu'il était grand et prenait toute la voiture.Q -Pourquoi le petit gars a-t-il voulu écraser les bohémiens ?R -Parce qu'il ne les aime pas.Q -Ta dame a les talons carrés ?R -Parce que c'est un cordonnier qui les a f