L'évaluation en pédagogie coopérative

 
Réflexions sur la note.
 
 
La constante macabre. Par François Jarraud, du Café pédagogique
 
Samedi 14 mai 2011, le colloque organisé par le Mouvement contre la constante
macabre (MCLCM) d'André Antibi a réuni 150 participants : ministère, inspection,
enseignants, syndicats, parents, élus locaux, parlementaires et militants du MCLM
venus de France et de l'étranger (Maroc, Espagne, Tunisie, Belgique, Afrique
subsaharienne).
 
Un succès qui montre la vitalité du Mouvement. Mais est-il suffisant pour que les choses changent vraiment sur le terrain ?
 
JM Blanquer, directeur général de l'enseignement scolaire,Isabelle This Saint-Jean, vice présidente de la région Ile-de-France, Jacques Grosperrin, député et auteur d'un rapport sur
le collège, Jean-Louis Auduc, directeur adjoint d'IUFM, Jean-Jacques Hazan de la FCPE, Philippe Joutard, historien, JacquesMoisan, ancien doyen des IG de maths : tous soutiennent l'évaluation par contrat de confiance mise au point par A.Antibi pour lutter contre la "constante macabre".
 
Celle-ci se traduit par le fait que les enseignants semblent obligés, pour être crédibles, de mettre un
certain pourcentage de mauvaises notes, même dans les classes de bon niveau. 
 
Le système de notation implique que certains élèves, souvent la moitié, aient "moins que la moyenne". "On pense qu’une répartition de notes est un phénomène naturel, et donc qu’il est normal qu’elle donne lieu à une courbe de Gauss", explique A Antibi. Les résultats sont connus : sentiment d'injustice chez les élèves et aigreur des relations entre professeurs et élèves, perte de confiance en soi des élèves, échec scolaire.
 
L'EPCC. Pour y remédier, André Antibi a imaginé l'évaluation par contrat de confiance (EPCC). Celle-ci repose sur un programme de révision explicite : une semaine avant le contrôle les élèves disposent d'un programme de révision précis et un ou deux jours avant le contrôle un jeu de questions - réponses permet de déceler les difficultés.
 
L'EPCC s'appuie donc sur les usages scolaires en travaillant
de façon plus rigoureuse la préparation à l'évaluation.
Interrogé par le Café, André Antibi a bien voulu faire le point sur la
diffusion de l'EPCC et ses objectifs.
"Ca avance bien depuis 2003. En ce qui concerne l’existence de la constante
macabre, on peut considérer que notre action a été efficace", estime A Antibi. "Si
je me contentais d'être un mouvement pédagogique, je pourrais être heureux
avec 30 000 enseignants utilisant l'EPCC. Mais mon objectif c'est de lutter pour
éviter la souffrance des élèves et ce qui pourrit l'éducation nationale. Il y a bien
sur d'autres problèmes. Mais régler celui-là est nécessaire pour voir plus clair sur
les autres. Malgré les efforts de notre mouvement (MCLCM), la majorité des
enseignants se trouve encore en dehors de cette problématique.
Le ministère vous soutient-il ?
Oui et c'est un soutien très important. Mais ce qu'on attend maintenant ce sont des
instructions officielles ou un texte qui reconnaisse la constante macabre. Il ne
s'agit pas de contraindre les enseignants. Mais d epermettre que l'EPCC existe et
que la confiance se rétablisse entre profs et élèves et aussi entre professeurs et
décideurs. Parce que quand j'interroge les enseignants à la fin de mes conférences
96% reconnaissent l'existence de la constante macabre et 89% sont pour l'EPCC.
Et cela montre la capacité des enseignants à se remettre profondément en cause.
J'en ai assez qu'on dise qu'ils sont incapables de bouger. Qu'on leur donne un
texte officiel. On n'est pas déçu par le ministère mais on attend plus.
Il y a eu au début de cette année un appel pour supprimer les notes.
Qu'en pensez vous ?
Cet appel montre à quel point les gens en ont assez du système de notation
actuel. Pour moi entre la suppression et le maintien du système traditionnel, je
choisirais la suppression. Mais en réalité cça ne marcherait pas et c'est un faux
débat. Ce qu'on propose avec l'EPCC c'est une solution réaliste et concrète.
L'évaluation par compétences qui est mise en place aujourd'hui n'est
elle pas une autre réponse ?
En réalité avec elle on oblige les enseignants à mentir en remplissant des grilles.
L'évaluation par compétences a l'avantage de réfléchir sur l'évaluation, de la
découper en morceaux. Par contre elle risque de ramener l'évaluation en arrière
en obligeant à un tout ou rien qui n'évalue pas réellement les acquisitions. Il
faudrait une évaluation par compétences plus réaliste. L'EPCC peut y participer.
C'est aussi un bon outil, comme l'a montré le colloque, pour le soutien scolaire et
l'accompagnement personnalisé.
 
 
 
Les mots d'Albert Jacquard
mardi 5 août 2008

Face à une copie, à un exposé oral, ou à un candidat, l'examinateur réagit en fonction d'une multitude de points de vue ; en lui-même, il répond à mille questions et se forge une opinion qui ne peut s'exprimer qu'en décrivant ses multiples facettes.
Hélas, bien souvent notre société impose à l'examinateur un objectif tout autre : il doit établir une hiérarchie entre les prestations. Pour cela il est contraint de passer du domaine multidimensionnel de son opinion au domaine unidimensionnel de la note ; ce remplacement du langage subtil des mots par le langage chiffré des nombres, ne peut être réalisé sans une perte dramatique de sens. 
La note est à l'objet jugé ce qu'est le nombre "1515" au mot "Marignan", une association n'ayant de signification qu'au prix d'un commentaire.
Albert Jacquard
 
Albert Jacquard est bien connu pour son parcours atypique : polytechnicien, généticien des populations, il s'est investi depuis longtemps maintenant dans le combat en faveur des exclus, des déshérités. Il propose une sagesse humaniste et laïque qui reçoit un accueil immense.
 
 
 
Notation - sanction : le bât blesse...Marc Tabory,enseignant au département STAPS de Tarbes,Janvier 2006
 
Comment dans un métier comme le notre, avec le contexte particulier que nous connaissons tous,diversité et hétérogénéité dues à la massification du public scolaire, soutenir la motivation del'apprentissage alors même que nous nous évertuons trop souvent à sanctionner la faute plutôt que de mettre en évidence les causes de l'erreur commise ?
 L'élève travaille, s'échine et pourtant se voit régulièrement sanctionné par une notation qui ne dit pas tout ce qu'il sait ! ne dit pas tout ce qu'il est !ne dit pas sa compétence !« 
Un des effets pervers de la scolarisation est d'accentuer la peur etla culpabilisation face à l'échec ».Ardoino J. - Berger G. L'évaluation comme interprétation. 
Pour N° 107 juin, juillet, août 1986
 
Tentons de définir très succinctement cette notion d'évaluation. 
Elle consiste en une opération où l'enseignant articule des attentes et des indices révélateurs du degré d'obtention des acquisitionsvisées. C'est une confrontation entre un référent et un référé1.
 Notons que de façon inéluctable,l'enseignant mènera un jugement de valeur 2 lorsqu'il tentera d'estimer si la réalité saisie à travers leréféré est conforme à l'idéal qu'il se fait des acquisitions visées et qui devrait transparaître dans le référent. 
«Évaluer c'est apprécier, estimer quelque chose en faisant une certaine approximation de son efficacité, de sa pertinence 3».
 
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Je note bien que ...

LETTRE DE L'E.A. (ÉDUCATION AUTENTHIQUE) - 25 dimanche 14 février 2010 par Jean-Pierre Lepri

« Offrir un prix en récompense d'un acte revient à dire que cet acte n'a aucune valeur en lui-même ». [1

« Les bonnes notes font les mauvaises personnes. » [2]
 
Dans une classe, il y a généralement un tiers de bonnes notes, un tiers de notes moyennes et un tiers de mauvaises notes. Si je réunis les élèves ayant de bonnes notes de trois classes dans une seule classe, je retrouve, au bout de quelques mois, la même distribution. 
Si je continue à réunir, à nouveau, ceux qui ont les bonnes notes, je retrouve encore la même distribution... 
Cette "constante macabre" [3] d'un tiers permanent de mauvaises notes suscite bien des débats. Pour beaucoup (enseignants, parents, élèves, administrateurs...), dans une classe où il n'y a que des bonnes notes, le prof ne fait pas bien son travail... 
Pour quelques-uns [4], il ne s'agit pas d'être laxiste ou démagogique, mais de donner à chacun les moyens d'être "bon". On peut, sans doute, toujours améliorer le système de notation [5].    
 
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L'évaluation du 0 à l'infini, in revue N'Autre école.
 
 
 
L'évaluation, les brevets, par Véronique Martel, institutrice
 
Freinet critique la forme des examens, parce qu'ils ne contrôlent qu'une partie desqualités, des aptitudes sociales, techniques et culturelles qui constituent l'expression del'être et, souvent, ces techniques et ces acquisitions contrôlées sont mineurs dans la vie pratique. Les examens ne contrôlent qu'une forme d'intelligence, particulièrement lesacquisitions scolaires.
«Des examens bien compris devraient déceler toutes les qualités et toutes lesaptitudes, les aider toutes à s'affirmer, les inclure dans l'ensemble d'une certaine culture harmonieuse au lieu de contraindre certaines d'entre elles à se développer en marge decette culture, ce qui accentue ce hiatus regrettable entre l'école et la vie que nouscessons de dénoncer »
 (Freinet, 1964, p.131).
 
Pour Freinet, l'intelligence n'est pas seulement la maîtrise intellectuelle technique, mais elle se présente également sous forme manuelle, artistique et scientifique.
L'intelligence selon Freinet se cultive par la création, le travail et l'expérience et non seulement par les idées, d'où l'importance du tâtonnement expérimental.
En s'inspirant du système élaboré par Baden-Powell de brevet des scouts, quoique à tendance militaire, Freinet réadapte le système complexe des brevets en fonction desbesoins de la coopérative scolaire. 
Dans le sens de l'éducation à la citoyenneté, les brevets préparent les enfants à adopter un regard critique sur sa propre personne et sur autrui.
Il est important de souligner que la mise sur pied des brevets n'a pas pour objectif« de masquer l'existence actuelle des sélections sociales, mais de préparer les jeunes à laprise de conscience qu'elles ne sont ni légitimes, ni inéluctables. 
 
L'objectif n'est pas deplacer tout le monde au même niveau, mais de faire en sorte que les réussites de chacunse mettent au service des autres et non à son profit exclusif » (Barré, 2001, p.55). 
 
La pédagogie Freinet est une pédagogie du travail. Les brevets permettent donc de montrer le résultat de ce travail en s'appuyant sur le travail concret des enfants.Voici la liste des brevets obligatoires et accessoires, en 1948, selon Freinet(1964, p.132) :
 
Brevets obligatoires- Écrivain - Géographie - Collectionneur d'insectes- Lecteur - Ingénieur de l'eau - Ingénieur des minéraux- Bon langage - Ingénieur de l'air- Historien - Ingénieur des végétaux
Brevets accessoires- Cueilleur - Cuisinier - Voyageur- Fruitier - Électricien - Acteur- Grimpeur - Chimiste -Musicien- Chasseur - Secouriste - Chanteur- Exploreur - Artiste - Potier- Apiculteur - Imprimeur - Menuisier- Éleveur - Graveur - etc.- Constructeur - Classeur
 
La variété des titres de brevet montre que les enfants sont en mesure de se fixer desobjectifs de travail qui répondent à leurs besoins, leurs tendances ou leurs aptitudes.
Comme le souligne Barré (2001, p.41, caractères gras choisis par l'auteur), les brevets oncomme fonction de « permettre, par la diversification, une meilleure incitation des jeunes en difficulté scolaire et une définition positive du profil de leurs capacités réelles, sans prétendre les aligner sur un profil type ».
 
Déroulement de la distribution des brevets selon Freinet :
 
Une fois par semaine les enfants exposent leur travail. À la fin du mois, l'enfantpeut passer son brevet. 
 
À la fin de l'année, les brevets sont regroupés par principes ou normes qui sont précisés par le groupe. Puis, il y a distribution des brevets.
Pour chaque brevet des normes sont attribuées. Lorsque l'enfant croit avoir atteintces normes, il se présente pour l'obtention du dit brevet. Différents éléments du travailsont notés.
 Lors d'une séance solennelle, les brevets sont remis en présence des parents.Ce moment est l'occasion de présenter le travail reconnu.
 L'apport de ce moded'évaluation est de s'appuyer sur des réalisations concrètes. 
Le système de brevets permet l'auto-évaluation tout en développant la capacité de se fixer des objectifs.
L'enfant s'évalue individuellement pour savoir s'il est apte à passer son brevet. Ensuite,c'est le groupe en entier qui l'évalue.
 Ce n'est donc pas l'appréciation seule du maître qui est prise en compte dans l'évaluation.