Coopération, coopérative scolaire, économie sociale et solidaire: définitions

Barthélémy Profit
Coopération à l'école et coopératives scolaires
par Jean-François VINCENT,ancien Président de l'OCCE
Barthélémy Profit et Célestin Freinet
Sil'action de ce dernier est largement reconnue, celle de Barthélémy Profit l'est nettement moinset pourtant...
Barthélemy Profit : inventeur de la coopération à l'école
C'est Barthélémy Profit, Inspecteur primaire né le 11février 1867 en Corrèze, qui le premier a mis en évidence l'intérêt pédagogique des coopérativesscolaires (il en revendiquera d'ailleurs la paternité) en les faisant définitivementsortir des objectifs des mutuelles scolaires.
C'est d'ailleurs logiquement par la création de mutuellesscolaires dans les départements de l'Isère et du Puy de Dôme où, entre 1904 et 1909 il occupases premiers postes d'Inspecteur primaire, qu'a commencé son intérêt pour les coopérativesscolaires .
A une époque où les lois de prévoyance sociale étaient à peuprès inexistantes, il s‘est
intéressé au sort familial des écoliers en même temps qu‘àl‘enseignement de la solidarité, et qu'il a fondé avec succès une vingtaine de Sociétés deMutualité scolaire et post scolaire. 1
Ces expériences dans le domaine de la Mutualité scolaire etdans son enseignement
l'amenèrent à écrire en 1911 un ouvrage qui fut couronné parl'Académie Française et 'Académie des Sciences Morales et Politiques :« LaMutualité nouvelle » .2
Mais c'est particulièrement à partir de 1919 dans sacirconscription de Saint Jean d'Angély (il restera jusqu'à sa retraite en 1929) qu'il s'est attachéau développement de la Coopération et des coopératives scolaires.
Dans ses ouvrages « La Coopération à l'école primaire », « La Coopération scolaire française », « L'éducation mutuelle à l'école »et au travers de la revue « L'école oopérative » qu'il fonda en 1925 et dirigea jusqu'en 1936,il dégagea les grandes lignes d'une pédagogie active.
Sans chercher à résumer en quelques lignes l'oeuvre deBarthélémy Profit, il est nécessaire, pour percevoir l'importance qu'il a tenu dans l'évolution dela Coopération scolaire de dégager quelques éléments caractéristiques de ses oeuvres.
La coopération valeur de référence de l'école
Réfutant l'autoritarisme parfois dictatorial des maîtres etla compétition entre les élèves il prône la solidarité, la coopération dans la construction desapprentissages et affirme que l'apprentissage de solidarité nécessite l'aide mutuelle:
Ainsi par la discipline autoritaire d'une part, par lesystème de compétition d'autre part, sont emprisonnés les rapports naturels qui devraient existerentre les élèves comme entre eux et les maîtres... Il ne peut y avoir aucune solidarité acceptéedans une école où le maître n'est qu'un caporal ; il ne peut y avoir aucune coopérationpossible dans une école où les élèves pratiquent quotidiennement le « chacun pour soi".
La coopérative scolaire, association d'élèves
Envisageant une modification des relations et du statut del'élève, il fait de l'école une coopérative scolaire, c'est à dire une entreprise sociale, uneassociation d'enfants, poursuivant un projet d'amélioration de la vie matérielle et morale dela classe.
Par la coopérative scolaire, l'école jusque là une simpleréunion d'individualités, que dressaient les unes contre les autres, la contrainte et la sujétionexcessive d'une part et d'autre part la compétition et la jalousie , est devenue uneassociation d'enfants se disciplinant eux-mêmes pour prendre en charge l'améliorationde leurs conditions de vie et le progrès général de la classe tant au point de vue matérielqu'au point de vue moral.
La coopérative, outil de transformation de l'enseignement
Par les moyens qu'elle procure et la coopération qu'elleinduit, la coopérative scolaire devient un levier important de modification de l'enseignement, un levierd'éducation nouvelle. Les apprentissages ne sont plus simplement construits à partirde manuels scolaires mais sur de réelles observations, de réelles expériences.
La coopération scolaire a apporté ce qui manquait : unmatériel, une organisation un esprit nouveau. Par elle l'enseignement concret et la véritableméthode active ont été rendus possibles: l'observation directe et la réflexion, la recherche personnelle et l'action sont à présent les moyens employés au lieu du livre...Dans l'écolenouvelle, plus de dogmes solennellement proclamés, de phrases inutiles, d'éclats devoix...
L'école coopérative ,outil d'éducation citoyenne
Dans l'oeuvre de Barthélémy Profit, l'école coopérative estune école d'éducation citoyenne dans la mesure où elle donne à l'élève un nouveau statut etfixe à l'école de nouveaux objectifs.
L'école coopérative c'est une école transforméepolitiquement, où les enfants qui n'étaient rien sont devenus quelque chose, c'est l'école passée de lamonarchie absolue à la république t où les enfants, livrés en certains domaines à leurinitiative, apprennent le jeu de nos institutions et s'exercent à la pratique de la liberté.
L'école coopérative c'est enfin l'école où l'instructionn'est pas le but exclusif, mais celle où l'on vise surtout à former par une pratique particulièrefacilitée, l'être pensant, qui sait écouter la voix de la raison, l'être moral et conscient etresponsable, l'être social plus attaché à l'accomplissement de ses devoirs qu'à la revendication deses droits.
De plus, la pratique de la vie associative qui donne auxélèves des responsabilités et s'appuie sur un fonctionnement démocratique de ses institutions estun outil essentiel dans la construction des comportements sociaux, dans l'apprentissagede la Coopération.
Avec ses élections, ses réunions, ses comptes rendus et sesdivers exercices la vie même de la société comporte un grand nombre de leçons pratiques qui neseront pas perdues. Dans les séances, les sociétaires apprennent à discutercourtoisement, à se concerter, à s'unir sur des questions analogues à celles que présente la vie... Présidentsou Présidentes, trésoriers, secrétaires, conservateurs, tous enfants de 11 à 13 anss'acquittent déjà de leurs fonctions
avec une parfaite correction.
Barthélémy Profit, au travers de ses ouvrages écrits enprenant appui sur les expériences menées dans sa circonscription de Saint Jean d'Angély, vapetit à petit définir une authentique pédagogie de la Coopération à l'école et faire descoopératives scolaires les institutions de base de l'école coopérative.
Célestin Freinet et son Mouvement
Quelques dates importantes de l'itinéraire de Célestin Freinet et du Mouvement qu'il a initié
1918 :Après la première guerre mondiale, nombreux sont les enseignantspacifistes marqués dans leur chair et dans leur conscience.
Syndicalistes révolutionnaires regroupés dans la Fédération des Membresde l'Enseignement, ils luttent pour que ne se reproduise plus la tueriede 14-18, pour mettre fin à l'exploitation capitaliste et construireune société plus juste et plus humaine. Au sein de la commissionpédagogique et dans leur revue "l'École Émancipée" ils réfléchissentaux moyens de promouvoir une pédagogie populaire par "l'École Active"et "les centres d'intérêt"...
Leursregards se tournent vers les grands anciens (Rabelais, Rousseau,Pestalozzi ...), vers les expériences d'avant 1914 comme celles de PaulRobin à l'orphelinat public de Cempuis dans l'Oise (Enseignementintégral), de Francisco Ferrer et son « Escuela Moderna » en Espagne(Enseignement rationaliste), et de Sébastien Faure à « La Ruche » prèsde Rambouillet (Enseignement libertaire).
Aussi vers les expériencesd'Ecole nouvelle de Faria de Vasconcellos près de Bruxelles et deKirchstensteiner en Allemagne. Ils s'intéressent aussi de près auxexpériences des années 20 en Suisse (A. Ferrière), en Belgique (O.Decroly), en Italie (M. Montessori), aux USA (J. Dewey, plan Dalton),en Allemagne ... et bien sûr aux pédagogues prolétariens de l'École duTravail de la jeune URSS (Pistrak, Blonskij, Kroupskaïa ...).
- Célestin FREINETnaît le 15 octobre 1896 dans une famille modeste à Gars dans lesAlpes-Maritimes. Entré à l'École Normale d'Instituteurs de Nice en1912, il en sort pour être mobilisé en 1915. Jeune officier, il estgrièvement blessé au poumon par balle en octobre 1917 au Chemin desDames.
1920 : Après une longue convalescence, il est nommé au Bar-sur-Loup en janvier 1920 où il restera pendant 8 ans. Passionnépar son métier et désireux de changer l'école, Freinet profite de sescongés et rencontre d'autres pédagogues (Hambourg en 1922, Montreux en1923, URSS en 1925). Il collabore à des revues d'avant-garde(« Clarté », « l'École émancipée »), milite sur le plan syndical etpolitique et participe à de nombreuses œuvres coopératives (« Abeillebaroise »).
1924 : Il introduit une imprimerie dans sa modeste classe rurale et rend compte de ses expériences dans diverses revues.
1926 :Il entreprend une correspondance interscolaire régulière avec RenéDaniel et sa classe de St-Philibert-en-Trégunc dans le Finistère, puislance une "Coopérative d'Entr'aide pédagogique" avec une revue"l'Imprimerie à l'École", mettant en place un réseau des "Livres deVie" composés et imprimés par les écoles travaillant à l'imprimerie. Il épouse Élise Lagier-Bruno, institutrice et artiste (prix Gustave Doré de la gravure en 1927).
1927 :En août, à l'issue du Congrès syndical de la Fédération del'Enseignement (CGTU) à Tours, se tient le premier Congrèsinternational de l'Imprimerie à l'École avec la présence de la majoritédes 40 premiers adhérents actifs, dont un délégué du Ministère del'Instruction Publique espagnole. En octobre, sous l'impulsion de RémyBoyau et d'instituteurs girondins, est fondée la Société "CinémathèqueCoopérative de l'Enseignement laïc" qui assure prêts et vente de films,projecteurs, caméras et envisage la production de films pédagogiques.
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1928 : Au second congrès à Paris, les activités de l'imprimerie et de la radio fusionnent avec celles du cinéma au sein de la Société "Coopérative de l'Enseignement Laïc" (C.E.L.) dont la revue est "l'Imprimerie à l'École". De "l'unité de l'enseignement" aux "méthodes naturelles d'apprentissage", les adhérents de la CEL approfondissent techniques et méthodes nouvelles, et par souci de matérialisme pédagogique vont éditer les "Enfantines", les "Fichiers Scolaires Coopératifs". Célestin et Élise Freinet sont nommés à Saint-Paul (de Vence) à la rentrée scolaire. 1932 : En février 1932, Freinet crée une brochure documentaire pour les enfants : la "Bibliothèque de Travail" (B.T.). En octobre 1932, la revue "l'Imprimerie à l'École" devient "l'Éducateur Prolétarien". La CEL produit un court-métrage engagé "Prix et profits" réalisé par Yves Allégret avec les frères Prévert comme acteurs... |
1932-1934 :En pleine montée du fascisme et du nazisme en Europe, le Mouvement del'Imprimerie à l'école et son leader Freinet vont être la cible deviolentes attaques de l'extrême droite. Charles Maurras lance une vastecampagne contre Freinet dans « l'Action Française ». À 37 ans, Freinetquitte l'Éducation Nationale !
1935 :Célestin et Élise Freinet ouvrent une école privée "prolétarienne" avecinternat à Vence. Pendant le Front Populaire, Freinet propose un "Frontde l'Enfance" que préside Romain Rolland, et s'adresse aux parents pourpromouvoir l'éducation populaire. Il lance les Brochures d'ÉducationNouvelle Populaires (BENP).
1937 :Son école accueille de nombreux enfants victimes de la guerre civile enEspagne. Une école "Célestin Freinet" est ouverte à Barcelone par laGénéralité de Catalogne.
1939-1944 :Pendant la seconde guerre mondiale, les activités du Mouvement Freinetsont interrompues. Freinet est arrêté, interné dans plusieurs camps,puis assigné en résidence dans les Hautes-Alpes. L'école de Vence estfermée et saccagée. Des adhérents de la CEL subiront la déportation etpériront (Bourguignon, Torcatis, Boubou, Varenne, Ballon).
1945 :À la Libération, Freinet anime le Comité Départemental de Libération àGap et s'occupe d'enfants victimes de la guerre. La CEL redémarre ets'installe à Cannes. "l'Éducateur" reparaît dès 1945 et l'école deVence peut rouvrir.
1947 :Le Mouvement Freinet se développe rapidement, s'organisant en 1947 enInstitut Coopératif de l'École Moderne (ICEM). Face aux calomnieslancées contre lui par le PCF, Freinet et Élise quittent le Parti en1948 après 22 ans d'adhésion.
1949 : C'est la sortie du film "L'École buissonnière"de J.P. Le Chanois, sur un scénario d'Élise Freinet, consacré auFreinet novateur et à l'affaire de Saint-Paul. Ce film populaire seraun succès et aura un énorme retentissement. C'est aussi l'année oùparaît le livre "Naissance d'une pédagogie populaire" d'Élise Freinet.
1950-1954 : Une campagne virulente des staliniens contre Freinet tente sans succès de déstabiliser l'ICEM et la CEL.
1957 :La FIMEM (Fédération Internationale des Mouvements d'École Moderne) estcréée, regroupant les Mouvements de dix pays et consacrant lerayonnement international de la pédagogie Freinet. De nouvelles revues: "Art enfantin" en 1950, "Techniques de vie" en 1959, "l'Éducateursecond degré" en 1963, et bien d'autres ... vont voir le jour.
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1964 : L'école Freinet est reconnue comme école expérimentale, et ses enseignants pris en charge par le ministère de l'Éducation Nationale. Sa renommée attire de nombreux stagiaires et visiteurs du monde entier, et tous les étés s'y déroulent des rencontres appelées "journées de Vence" avec la participation de personnalités et de chercheurs du monde de l'éducation. 1966 : L'itinéraire de Freinet se poursuit jusqu'à sa disparition à 70 ans en 1966, sous le signe des méthodes naturelles et du tâtonnement expérimental, mais aussi des combats sur les conditions de travail ( 25 élèves par classe dès 1953 !) la défense de l'enfance et ... de la paix. Élise Freinet continuera leur oeuvre et assurera la gestion de l'école jusqu'à son décès en 1981. Leur fille Madeleine Bens-Freinet l'assumera jusqu'en 1991, date à laquelle l'école Freinet, rachetée par l'État, devient école publique d'État et fait aujourd'hui partie du patrimoine, avec de sérieuses garanties de reconnaissance de l'œuvre de Célestin et Élise Freinet . |
1968 : Le Mouvement Freinet continue de poursuivre son chemin, et L'ICEM adopte à pâques 1968 "la Charte de l'École Moderne". 1978 : Dynamisé par mai 68, L'ICEM pédagogie Freinet publie les "Perspectives d'Éducation Populaire" (PEP) en 1978.
1986 :Le contexte économique ne laisse guère de place aux structurescoopératives et la CEL doit déposer son bilan, mais redémarre avec laS.A. des PEMF (Publications de l'École Moderne Française).
1996 :L'UNESCO rend un hommage solennel à Freinet à l'occasion de lacélébration de son Centenaire, accueillant 49 délégations d'enfantsvenus du monde entier et pratiquant la pédagogie Freinet.
La Commission Européenne, la Présidence de la République et le Ministère de l'Éducation parrainent cette manifestation.
De nos jours :Les classes coopératives de l'École Moderne fonctionnent toujours avecles techniques de l'expression libre et du journal scolaire, de lacorrespondance interscolaire et des réseaux, avec l'apport destechniques modernes que sont l'informatique, le minitel, le fax, lavidéo, l'Internet ... Comme à ses origines, un même espoir en laliberté de l'enfant et en l'Homme anime les enseignants de l'ICEM,convaincus que la pédagogie de Freinet, vivante et généreuse, estporteuse d'une éducation populaire synonyme d'espoir et de modernitépour le 21ème siècle.
Proposition decommunication, en vue de la 8ème Journéed¹étude de DEI-France
Paris - 22novembre 2008
Ce qui fonde la coopération à l'école : les apprentissages!
Bernard COLLOT
Centres de Recherches des Petites Structures et de laCommunication
Le principe dela coopération à l'école ne date pas d'aujourd'hui.
Barthélémy PROFITen a été un des instigateurs et des militants en créant l'OCCE. CélestinFREINET en a été un autre. Il y a pourtant une différence fondamentale entreles deux approches.
PROFIT pensaitqu'en calquant à l'école une structure semblable à la structure républicainedans laquelle lesenfants sont impliqués et ont une certaine forme de pouvoir, et en luiattribuant quelquesfonctions, au début la gestion de quelques questions matérielles, on allait lesaider à devenir descitoyens responsables. La structure précède ce que les enfants vont pouvoir yfaire ou ce qu'on leurlaissera la possibilité d'y faire.
La démarche deFREINET et de ses compagnons a été différente : c'est au cours de l'usage de l'imprimerie àl'école, puis de toutes les pratiques induites et de leurs conséquences, que sesont construitesles structures coopératives impliquant les enfants, les principes desolidarité, de mutualisation,de travail coopératif. Le besoin a précédé la structure et l'a faite naître,celle-ci ensuiteouvrant la voie à d'autres possibilités et continuant à se complexifier. Mais,l'introduction de l'imprimerieà l'école avait pour objectifs les apprentissages !
La coopérationimplique la satisfaction des besoins et des intérêts particuliers, satisfactionqui ne peut avoirlieu que dans un collectif et son espace. Il y a interaction entre intérêtindividuel et intérêt ducollectif. On n'a aucun intérêt à autogérer ce dont on ne bénéficie pasimmédiatement (les enfantsne se projettent pas dans un avenir lointain) ou ce dont on n'est pas lasource. Ce qui
expliquepeut-être le fait que le mouvement autogestionnaire à l'école se soit peudéveloppé ou que beaucoupde coopératives scolaires, quand elles ne sont pas simplement des caissesnoires,n'ont un rôlescolaire qu'accessoire.
C'est dans cequi fonde l'acte éducatif et les apprentissages que la coopération prend toutson sens.
Si l'on restedans la « transmission des savoirs », y compris fondamentaux, y compris defaçon active, ellene peut être qu'artificielle.
Si l'onconsidère par contre qu'à l'école se sont les langages qui doivent seconstruire, naturellement,ceci dans la réalisation de projets individuels et/ou collectifs au sein d'uncollectif, dans lesinteractions et les interrelations qui en résultent, dans un espace de vie(différent de l'espacefamilial, différent de l'espace de la rue), alors la coopération n'a pas besoinde se décréter, elleest naturellement nécessaire, souvent sophistiquée, et chaque enfant et lecollectif
d'enfants endeviennent les auteurs. Que ce soit pour inclure ses propres projets parmi lesautres, pour lesréaliser dans l'espace et avec les moyens communs, pour solliciter aides etcompétences,pour échanger,partager, prendre du plaisir, exister, être reconnu, se reconnaître. L'autoorganisation collective estréellement au bénéfice de chacun.
Ceci impliqueun certain nombre de conditions à revendiquer :
- la taille desstructures : un collectif d'enfants ne peut exister, chaque enfant en être l'acteur et enbénéficier, si l'espace et le nombre de personnes qui le composent ne sont pas à sa mesure ;
- l'hétérogénéité: tous les langages ne sont appropriables ou à conquérir que s'ils sontutilisés dans le cercleoù l'on vit (si dans la famille personne ne parlait, l'enfant ne conquerraitpas la parole) ;
- l'acceptationde la construction non linéaire et différente de chacun à travers ses projetset l'activitéqu'ils génèrent et non par l'ingurgitation d'un programme.
Mais il restebien un problème de fond : si pas mal d'enseignants sont maintenant convaincusque l'enfant est «l'auteur de ses apprentissages », comme l'a écrit Hubert MONTAGNER, très peuvont dans leurspratiques le laisser auteur de tous ses projets et de l'activité qui endécoule. En somme, ils ne fontpas confiance totale à l'espace scolaire qu'ils ont, eux, le pouvoir d'aménageret
d'orienter,quant à l'acquisition de compétences ou, comme je préfère, quant à laconstruction des langages.
La conceptionde l'acte éducatif, celle de la construction des langages, de l'accès aux connaissances(différent de la transmission des connaissances), donc de l'école, est en amontde la constructioncitoyenne. On ne forme pas des citoyens, on permet que se construisent deshumains (langages) quine sont humains qu'avec et par d'autres humains.
Touteconception de l'acte éducatif, ou toute croyance de ce qu'elle doit être, n'estpas neutre : si on ne le savait pas, lesorientations actuelles en sont une belle démonstration.
La Coopérative scolaire est une association d'élèves au service d'une éducation citoyenne, responsable et solidaire. Le but des coopératives scolaires est, avant tout, d'éduquer les élèves (par l'apprentissage de la vie associative et la prise de responsabilités réelle en fonction de leur âge) à leur futur rôle de citoyens.
La coopérative, c'est l'éducation citoyenne en actes et cet objectif dépasse largement les problèmes financiers auxquels elle est souvent associée.
La coopérative scolaire n'a pas pour but de se substituer aux obligations des collectivités territoriales concernant les charges d'entretien et de fonctionnement des écoles publiques.
Elle ne doit contribuer ni à la réalisation de travaux, ni à la location ou l'achat de moyens d'enseignement (photocopieur, manuels ou fournitures scolaires), ni au financement des activités obligatoires intégrées dans le Projet d'Ecole et soumises au Conseil d'Ecole.
Les principes généraux du fonctionnement de la coopérative scolaire sont ceux de toute association : gestion démocratique, rigueur et transparence comptables.
Comme toute association, elle a des projets et peut avoir besoin de fonds pour les réaliser.
Plusieurs sources de financement permettent son fonctionnement : subventions des collectivités, fêtes, kermesses, ristournes sur la vente de photographies scolaires...
La recherche de financements, avec les élèves, a une haute valeur éducative.
La mission de l'Ecole n'est pas de former des élèves « consommateurs » passifs et assistés de projets. La mendicité auprès des familles n'est pas l'acte éducatif le plus intéressant.
L'importance du projet n'est pas tant dans son objet (sortie, voyage...) que dans la participation active et réelle des élèves à sa réalisation. Faire comprendre aux élèves que la réalisation d'un projet collectif implique échange et participation active de chacun (même dans la recherche des moyens pour le financer) est l'objectif essentiel des projets mis en oeuvre par la coopérative.
La participation financière, quand elle est demandée aux familles, ne peut être que volontaire et modique. Elle manifeste la volonté de soutenir les actions de la coopérative de l'école. Mais l'aide que les parents peuvent apporter à la vie de l'association ne se limite pas à la seule contribution financière et ils prennent souvent une part active indispensable à la réalisation des projets de la coopérative. Pour toutes ces raisons, l'ouverture de la coopérative à l'ensemble des partenaires de la communauté éducative est une nécessité qui implique une réelle volonté de transparence, un souci de dialogue et une confiance sincère dans la volonté de mettre en place un indispensable partenariat co-éducatif au service des élèves.
L'affiliation de la coopérative à l'OCCE témoigne, de la part des enseignants, d'une volonté éducative ambitieuse et de l'adhésion à son projet.
Articulées autour de pratiques pédagogiques spécifiques et des valeurs de la « coopération » (solidarité, entraide), les coopératives scolaires représentent un puissant levier éducatif pour la construction de citoyens autonomes et solidaires.
Participer activement à la vie de la coopérative, mettre en place des projets, en rechercher éventuellement les financements, c'est apprendre à débattre, à décider, à mettre en oeuvre, à évaluer...
Téléchargez: une coopérative, pour quoi faire ?
Téléchargez : une coopérative: comment faire ?
Téléchargez: les structures de la coopérative, ses ressources, le rôle du mandataire....
Fédération OCCE 07/02/2010
La charte de la coopération à l'école
De la coopérative de la classe à la classe coopérative : Apprendre et vivre coopérativement
1. L'Ecole, de la Maternelle à l'Université, a pour finalités le développement de la personne et la formation du citoyen.Dans cette perspective, l'épanouissement de la personne et les pouvoirsréels du citoyen dépendront, non seulement de la nature des savoirs etdes savoir-faire mais, également, de la façon dont ils auront étéconstruits.
2. La citoyenneté concerne la personne dans toutes ses dimensions.Le citoyen est conscient de ses droits et de ses devoirs, s'impliquedans la vie de la cité et coopère avec d'autres aux transformationsnécessaires de la société.
3. L'Ecole doit prendre en compte ces finalités, en développant la participation réelle des élèves à toutes les instances de gestion et de concertation.La citoyenneté doit se construire par la pratique, dès l'écolematernelle. La démarche coopérative considérant les enfants, les jeuneset les adultes en formation comme des partenaires actifs, associés àtoutes les décisions qui les concernent, et se référant à un certainnombre de valeurs comme l'écoute, le respect de l'autre, le partage,l'entraide, la solidarité, la responsabilité, l'autonomie, lacoopération, permet cette construction.
4. La réalisation de projets coopératifs qui finalisent et donnent du sens aux apprentissages et à l'Ecole favorise les interactions et, donc, l'acquisition des compétences.
5. Il ne peut pas y avoir d'apprentissages sans évaluations. Ladémarche coopérative permet la mise en place d'une véritable évaluation formative permanente,dans la mesure où elle s'appuie sur des contrats, instaure des pausesméthodologiques et des moments coopératifs de réflexion métacognitive.Autant de pratiques qui, en excluant toute forme de compétitionindividuelle, visent à la réussite de tous.
6. L'organisation coopérative des apprentissages prend appui sur :
-un Projet Coopératif, élaboré avec les élèves, pour répondre à laquestion : "Comment allons-nous vivre, travailler et apprendre ensemble?" ;
- un conseil de coopérative, lieu de parole, structure de gestion, instance de décision, d'évaluation et de régulation ;
-la mise en place de groupes modulables favorisant l'individuation, lasocialisation, l'expression personnelle, la communication et laréalisation collective de projets ;
- des enseignants garants des objectifs éducatifs.
7. L'organisation coopérative d'une école ou d'un établissement scolaire s'articule autour :
- d'un projet d'école, ou d'établissement, impliquant tous les élèves ;
- d'un conseil des délégués ;
-d'une équipe d'enseignants mettant en application les principes et lesvaleurs auxquels elle se réfère et capable de coopérer avec les parentset d'autres partenaires, d'une façon pertinente et cohérente.
Télécharger : La Charte de coopération à l'école
OCCE - Les coopératives scolaires au service des élèves et de l'Ecole
Collectif
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Éditeur : L'Archipel Collection : L'information citoyenne 144 pages Ouvrage en français OCCE Office central de la coopération à l'école Président : Yves Potel 101 bis, rue du Ranelagh 75016 Paris Tél. : 01 44 14 93 30 Email : federation@occe.coop Site internet : http://www.occe.coop |
Fiche imprimable
Résumé de l'ouvrage
Crééen 1928, l'Office central de la coopération à l'école (OCCE) s'estdonné pour mission d'enseigner, dès l'école primaire, les principes etles vertus de la coopération économique. L'OCCE est aujourd'hui unefédération nationale de 102 associations départementales etterritoriales affiliant les élèves et les enseignants de l'enseignementpublic membres de 55 000 coopératives scolaires.
Comment l'OCCE a-t-il traversé ses quatre-vingts ans d'histoire ? Dansquelles directions son projet initial a-t-il évolué et quelles sont lesvaleurs qu'il défend aujourd'hui ? Que sont ces "coopérativesscolaires" qui regroupent 4,5 millions d'élèves : simples "caisses àsous" ou structures éducatives ?
Au-delà de l'histoire de ce grand mouvement pédagogique d'éducationpopulaire, de ses difficultés et de ses réussites, cet ouvrage se veutle témoignage de l'engagement de ses militants pour faire évoluerl'école et pour construire une société plus humaine, plus solidaire,plus coopérative.
La Convention Pluri-annuelle d'objectifs 2011/2014
Membre de l'économie sociale et solidaire
L'OCCE est membre de l'Economie sociale et solidaire.
LA CHARTE DE L'ECONOMIE SOCIALE :
Article 1 : Les entreprises de l'économie sociale fonctionnent de manière démocratique, elles sont constituées de sociétaires solidaires et égaux en devoirs et en droits.
Article 2 : Les sociétaires, consommateurs ou producteurs, membres des entreprises de l'économie sociale, s'engagent librement, suivant les formes d'action choisies (coopératives, mutualistes ou associatives), à prendre les responsabilités qui leur incombent en tant que membres à part entière des dites entreprises.
Article 3 : Tous les sociétaires étant au même titre propriétaires des moyens de production, lesentreprises de l'économie sociale s'efforcent de créer, dans les relations sociales internes, des liens nouveaux par une action permanente de formation et d'information dans la confiance réciproque et la considération.
Article 4 : Les entreprises de l'économie sociale revendiquent l'égalité des chances pour chacune d'elles et affirment leur droit au développement dans le respect de leur totale liberté d'action.
Article 5 : Les entreprises de l'économie sociale se situent dans le cadre d'un régime particulier d'appropriation, de distribution ou de répartition des gains. Les excédents d'exercice ne peuvent être utilisés que pour leur croissance et pour rendre un meilleur service aux sociétaires qui en assurent seuls le contrôle.
Article 6 : Les entreprises de l'économie sociale s'efforcent par la promotion de la recherche et l'expérimentation permanente dans tous les domaines de l'activité humaine, de participer au développement harmonieux de la société dans une perspective de promotion individuelle et collective.
Article 7 : Les entreprises de l'économie sociale proclament que leur finalité est le service de l'homme






